Les médecines complémentaires sont désormais mentionnées dans la Constitution suisse. Dimanche 17 mai, 67 % des électeurs se sont prononcés, lors d'une votation populaire, pour l'introduction d'un nouvel article constitutionnel stipulant : "La Confédération et les cantons pourvoient, dans les limites de leurs compétences respectives, à la prise en compte des médecines complémentaires." Derrière cette formulation un peu vague, s'ouvre un large champ de possibilités pour intégrer les médecines dites "douces" au sein du système de santé et leur conférer une plus grande légitimité.
Ces pratiques connaissent, en Suisse, un large succès. Le pays peut se prévaloir d'une vieille tradition en matière d'herboristerie et de diététique. Quelque 3 000 médecins et 20 000 thérapeutes non médecins utilisent aujourd'hui près de 200 techniques de médecine alternative. Et jusqu'à 70 % de la population a régulièrement recours à l'homéopathie, la phytothérapie, la médecine traditionnelle chinoise, la médecine anthroposophique et la thérapie neurale. Cette pratique, découverte par deux médecins allemands en 1925, consiste à injecter de petites doses d'anesthésique au niveau de certains centres neurologiques. Le but est de réguler la circulation d'énergie dans le corps et de stimuler les mécanismes d'autorégulation.
Réunissant plus d'une centaine de parlementaires et d'hommes politiques de droite et de gauche, des médecins, des thérapeutes, des pharmaciens et des scientifiques, le comité de soutien pour les médecines complémentaires s'est fixé comme objectif d'obtenir que ces thérapies soient, à terme, remboursées par l'assurance-maladie de base, à condition qu'elles soient pratiquées par des médecins.
En 1999, cinq médecines alternatives avaient été provisoirement inscrites au catalogue des soins, mais le conseiller fédéral Pascal Couchepin, ministre de la santé, jugeant insuffisantes les preuves de leur efficacité, les avaient retirées en 2005.
Pour le docteur Bruno Ferroni, homéopathe et membre du comité de soutien, cette décision avait alors été "dictée par des critères politiques, et non pas objectifs et scientifiques". Une nouvelle demande va être déposée auprès de l'Office fédéral de santé publique (OFSP). Certains observateurs estiment cependant difficile d'évaluer les médecines complémentaires selon le critère d'efficacité (démontrée scientifiquement) auquel est soumise la médecine académique. Sur ce sujet, une modification de la loi sur l'assurance-maladie (LAMal) pourrait peut-être intervenir.
Autre inconnue : les dépenses qu'entraînerait le remboursement des traitements alternatifs. Des chiffres allant de 25 à 200 millions de francs suisses (de 16 à 131 millions d'euros) sont avancés. L'Union des démocrates du centre (UDC), le parti de la droite nationaliste qui avait appelé à voter non, brandit la menace d'une envolée des primes d'assurance-maladie, un thème brûlant pour les Suisses, qui ont connu des hausses répétées.
Pour les partisans des médecines complémentaires, l'objectif, à court terme, est de promouvoir le développement d'une médecine dite "intégrative", dont le coût serait justement moindre. "Personne ne songe à pratiquer la médecine complémentaire au détriment de la médecine académique. L'idée est à chaque fois de choisir la meilleure thérapie pour le patient", précise le docteur Ferroni.
Pour cela, de sérieuses avancées en matière de formation et de recherche sont nécessaires. Sur 250 chaires universitaires de médecine, seules deux - à Berne et à Zurich - enseignent les médecines douces. Quant aux thérapeutes non médecins, ils peuvent encore exercer dans six cantons, dont Genève et Vaud, sans formation ni diplôme. A l'avenir, des diplômes au niveau fédéral ou cantonal devraient être créés, afin de mettre hors jeu certains charlatans. Il faudra également veiller à "sauvegarder les remèdes des médecines complémentaires", explique Bruno Ferroni. La loi actuelle sur les produits thérapeutiques prévoit bien des procédures simplifiées d'enregistrement pour ces remèdes naturels. Mais, dans les faits, certaines taxes administratives les rendent économiquement non viables, les menaçant de disparition.